ATELIERS LECTURE ANALYTIQUE COLLEGE 13/11/08
Le 13 novembre 2008, le GREL s'est réuni au Collège Protestant Français.
Le thème de réflexion La lecture analytique au collège a donné lieu à des ateliers. Tous ont travaillé sur la lecture analytique de la fable de La Fontaine Le Cochet, le Chat et le Souriceau.
Voici ce que trois d'entre eux ont produit : l'un pour le niveau 6ème, l'autre pour le niveau 3ème.
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Le Cochet, le Chat, et le Souriceau
Un Souriceau tout jeune, et qui n'avait rien vu,
Fut presque pris au dépourvu.
Voici comme il conta l'aventure à sa mère :
J'avais franchi les Monts qui bornent cet Etat,
Et trottais comme un jeune Rat
Qui cherche à se donner carrière,
Lorsque deux animaux m'ont arrêté les yeux :
L'un doux, bénin et gracieux,
Et l'autre turbulent, et plein d'inquiétude.
Il a la voix perçante et rude,
Sur la tête un morceau de chair,
Une sorte de bras dont il s'élève en l'air
Comme pour prendre sa volée,
La queue en panache étalée.
Or c'était un Cochet dont notre Souriceau
Fit à sa mère le tableau,
Comme d'un animal venu de l'Amérique.
Il se battait, dit-il, les flancs avec ses bras,
Faisant tel bruit et tel fracas,
Que moi, qui grâce aux Dieux, de courage me pique,
En ai pris la fuite de peur,
Le maudissant de très bon coeur.
Sans lui j'aurais fait connaissance
Avec cet animal qui m'a semblé si doux.
Il est velouté comme nous,
Marqueté, longue queue, une humble contenance ;
Un modeste regard, et pourtant l'oeil luisant :
Je le crois fort sympathisant
Avec Messieurs les Rats ; car il a des oreilles
En figure aux nôtres pareilles.
Je l'allais aborder, quand d'un son plein d'éclat
L'autre m'a fait prendre la fuite.
- Mon fils, dit la Souris, ce doucet est un Chat,
Qui sous son minois hypocrite
Contre toute ta parenté
D'un malin vouloir est porté.
L'autre animal tout au contraire
Bien éloigné de nous mal faire,
Servira quelque jour peut-être à nos repas.
Quant au Chat, c'est sur nous qu'il fonde sa cuisine.
Garde-toi, tant que tu vivras,
De juger des gens sur la mine.
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Niveau 6ème :
Séquence travaillée en fin du premier trimestre
Objectif général de la séquence : découvrir un genre, la fable
Objectifs de la séquence :
-
Découverte du genre (à partir des formes de discours)
-
La fable versifiée : comprendre l’intérêt de l’écriture poétique (comparaison : fable d’Esope, de Phèdre, d’Ibn el Mukafa’)
-
L’implicite / l’explicite
-
La symbolique des animaux
-
Comparaison fable / conte / texte fondateur : la force de l’argumentation et les effets sur le destinataire.
Objectif de la séance : lancement de la séquence (qu’est-ce qu’une fable ?)
Pré-requis : identification des formes de discours
Démarche :
Observation / Découverte : mise en page texte en vers hypothèse : il s’agit d’un poème
Lecture du texte, premières réactions :
-
Identification de la forme de discours discours narratif A quoi dois-je m’intéresser ? Que dois-je observer ? retour sur les constituants du discours narratif : personnages, espace, temps, action.
-
Effets recherchés ; visée plaire mais aussi instruire.
-
Identification du genre : la fable les caractéristiques du genre : réflexion sur une « définition » du genre.
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Niveau 3ème :
Atelier 1 :
Durée : 1 période
Stratégie : partir des problèmes de compréhension que peut poser le texte pour construire progressivement le sens, en recourant à des entrées de lecture connues
But de ce travail de réflexion : trouver des entrées de lecture simples pour permettre à une classe de participer pleinement à un travail de construction du sens... Une deuxième "période" (heure de cours) permettrait d'approfondir l'étude des enjeux argumentatifs...
Opérations intellectuelles de l'analyse :
- formulation d'hypothèses (sollicitées par des questionnements ciblés)
- utilisation de ses hypothèses dans un travail d'observation
- passer de l'observation à l'interprétation (construction du sens)
Support : "Le Cochet, le Chat, et le Souriceau" (texte distribué... anonymé !)
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1. Lecture magistrale (on ne reviendra pas sur l'intérêt d'une telle démarche en général, et sur les nombreux "effets de style" que l'oralisation de cette fable doit permettre de percevoir)...
2. Première question : "Qu'est-ce que c'est ?" [Entrée générique] Consigne : réponse au brouillon, en préparation d'interventions qui devront obligatoirement comporter, outre l'hypothèse retenue, 3 "faits textuels" cités, nommés et expliqués (ex. en vrac : récit, morale, personnages "simplifiés", animaux, brièveté...).
3. Deuxième question : "Une fable, oui, mais de qui ?" [Entrée culturelle] On accepte cette fois des réponses plus "spontanées", mais l'échange est guidé afin que l'on obtienne un "consensus" du type : "c'est bien une fable de La Fontaine, dont nous reconnaissons l'univers culturel de la cour, des animaux dotés de la parole, d'une langue dont certains éléments "datent" de toute évidence (au moins faire apparaître quelques archaïsmes), d'une tonalité (registre ?) qui prête à sourire ou rire...). On complète à ce moment le fameux "paratexte", dates, titre du recueil à l'appui.
4. Troisième question : "Relisons le titre : un "cochet", qu'est-ce que c'est ?" [Entrée lexicale] Il s'agit cette fois d'élucider le texte au plan de la compréhension "immédiate", sans laquelle l'analyse ne saurait aller plus loin ! Consigne : relevez les indices qui dans le texte nous permettent de définir le terme "cochet". Travail sur papier, en mettant à contribution les surligneurs..., puis mise en commun.
5. Quatrième question : "Nous avons évoqué, parmi les caractéristiques qui ont permis d'identifier ce texte comme une fable, l'existence d'une morale. Quelle est-elle ?" [Entrée fonctionnelle] Après repérage des deux derniers vers comme contenant la morale, les recopier au tableau, en éclairer éventuellement les termes, puis demander aux élèves : "Par quelles étapes le souriceau passe-t-il pour apprendre qu'il faut se garder "de juger des gens sur la mine"" ?
[On enchaîne alors sur les étapes proposées par les collègues dans une perspective de découverte de la structure du texte, de sa progression argumentative...]
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Atelier 2 :
Objectifs :
-
faire la lecture analytique d’une fable
-
travailler sur les procédés de l’opposition
Durée : 1 heure
Lecture du texte sans la fin : coupe après « L’autre m’a fait prendre la fuite ».=> élève qui se retrouve au même niveau que le souriceau, puisqu’il ne peut avoir accès aux conseils de la mère.
Elaboration d’hypothèses de sens en s’appuyant notamment sur le portrait tracé des deux animaux. Repérage du jeux sur les oppositions et parallélisme, sur l’utilisation de vocabulaire mélioratif et péjoratif, les périphrases et énumérations :
« L'un doux, bénin et gracieux,
Et l'autre turbulent et plein d'inquiétude. »
« Il a la voix perçante et rude ;
Sur la tête un morceau de chair,
Une sorte de bras dont il s'élève en l'air,
Comme pour prendre sa volée ;
La queue en panache étalée. »
A comparer à
« Avec cet Animal qui m'a semblé si doux.
Il est velouté comme nous,
Marqueté, longue queue, une humble contenance,
Un modeste regard, et pourtant l'œil luisant ».
Texte complet à l’exception de la morale.
Infirmation des hypothèses précédemment élaborées => retour sur le texte initial et repérage des éléments pouvant mettre sur la voie de la confusion : « Fut presque pris au dépourvu » ; « Or c'était un Cochet » (le « or » soulignant l’opposition entre l’apparence et la réalité) : « et pourtant l'œil luisant » (le « pourtant » insistant sur la duplicité du chat).
Les élèves devront par eux-mêmes formuler la morale, afin de valider la compréhension du texte.
Autres possibilités pour étoffer la séance (à prévoir en 2 heures dans ce cas) :
-
travail sur les voix (travail sur le discours direct et sur la voix du narrateur)
-
autodérision du souriceau (v.5 et v. 20-21) qui montre la lucidité du rat sur son inexpérience, lucidité peut-être donnée par cette première expérience du monde.